Quand je serai SDF, tu seras..., il sera, etc
Réalité, fiction, humour ou pas c'est vous qui voyez
photo extraite de "Pauvreté" reportage de Ch. LICOPPE www.licoppe.be
Je viens de revoir le débat du lundi, sur Tele Bruxelles consacré à ces SDF qui d'après un des invités : "... ne sont pas seulement des animaux vivant l'hiver, mais également des êtres
humains ..." .
Du coup, je me suis dit que comme je suis une être humaine aussi, je pourrai être SDF quand je voudrais, ou plutôt dés qu'une place
se libère dans la rue.
Le hic est là, (hic est un nom commun, pas l'exclamation de ma poivrotisation prochaine) la place dans la rue se libère dés le moment où il m'arrivera une tuile et donc je ne serai pas du tout préparer à la vie commune avec les sans-abri, les SDF, les poivrots, les mendiants, les sans-papiers-SDF, les rats, les bus de nuit et j'en passe et pas des moindres, je peux citer les bus de jour, les gens qui lèchent les vitrines, les nettoyeurs de vitres, etc..
Donc pour me préparer à cette éventuelle nouvelle vie, dont certains ne profiteront jamais, je vais me poser les questions qui vont me permettre de vivre ou de survivre, après que j'aurai rendu ma carte d'identité. Je demande aux éventuels lecteurs et lectrices de cet article de m'aider.
Commençons par le début de mon entrainemnt, je sors de ce qui était chez moi : première question, je vais à droite ou à gauche? Heuuu... Je reviens chez moi, j'allume on PC et je cherche le logis pour sans abri le plus proche...je ressors, je vais à droite...
Ah, j’ai oublié de préciser que je deviens SDF vers 9h30 du matin. N’en déplaise à certains, je préfère commencer le matin, au cas où je ne tiendrai pas
jusqu’au soir. Comme ça je ferai les activités les plus intéressantes, sans m’attaquer au plus dur.
Donc il est +/- 10 h du mat, je ne vais pas de suite au logis pour SDF, je vais flâner rue Neuve, avec les commerces, c‘est un bon endroit pour faire la manche. Je m’y rends en tram et je fais comme un clodo que j’ai vu une fois (une seule fois car Bruxelles, Capitale de l’Europe n’attire pas beaucoup de sans-abri, les statistiques récentes le prouvent), je m’assis près de la porte, sans payer évidemment. Je suis assez surpris, des gens viennent s’asseoir à côté de moi ! Moi je me rappelle que quand j’ai vu ce clodo, tout le monde l’évitait et chacun de remonter son écharpe sur son nez. Ben oui, naturellement, comme nouvel SDF, je suis encore trop propre ! Tant pis, je continue…me voilà rendu, rue Neuve, mon nouveau lieu de travail.
Faut que je me poste devant le bon magasin, celui où les gens qui y passent me donneront le plus de sous. Alors devant le moins cher ou le plus cher ? Le moins cher, c’est que des pauvres qui y vont, pas bien, pas « développement durable ». La boutique la plus chère, heuu… les gens se forcent déjà d’y rentrer, vais quand même pas en plus les obliger à dépenser une p’tite pièce pour moi. Bon, je me poste devant le Mc Do, c’est bien ça, c’est populaire, et puis ça me permettra de trouver mon outil de travail, le gobelet en carton de coca… Pourvu que personne m’invite à bouffer dedans … beurk…
Bien tendre le bras, comme dans Fort Boyard avec les Maîtres du Temps, sauf qu’ici le premier fatigué c’est toujours moi. Bon il est 12h (je garde ma montre Rolex pendant la simulation, si je peux), faut penser à manger… gratos. Le Resto du Cœur de Saint-Gilles, c’est pas tout à fait gratuit et puis c’est à l’autre bout de la ville. J’aurai dus regarder sur le net si il y a moyen de bouffer gratuitement en tant que Sans-abri…, bon je rentre au Mc Do (qui est en fait un Quick) et je décide de ramasser les plateaux abandonnés par les clients. Purée ! c’est fou ce que les frites sont degueu, les gens ne laissent que ça…avec du sirop rouge qu’ils appellent ketchup.
Non d’une pipe ! Je m’entraîne à être un Rien et me voilà à faire la fine bouche, « mange Yoyo ce que tu trouves car on te regarde » me dis-je. J’aurai dus écrire « … car c’est peut-être tout ce que tu auras à manger aujourd’hui », mais bon le mal est fait…
Il est 13h, j’ai toujours un goût de patate venu de Mars dans la bouche, la suite de ma tragique journée, je vais la passer à la Gare du Nord, endroit de passage obligé pour tout SDF qui se respecte, j’ai lu ça quelque part. Mais j’ai surtout entendu dire que des scouts y distribuent des thermos de soupe, j’aime bien la soupe. Je sais pas s’ils le feront cette saison, mais je tente le coup, c’est pas loin, et puis si je ne fais pas «l’opération thermos » je ne pourrais pas rencontrer mes nouveaux confrères, je ne pourrais jamais être un Sans-abri accompli. Sans le contact avec mes « collègues » et sans mon PC, je vais avoir du mal à terminer mon entraînement.
Gare du Nord, +/- 13h30, un clodo vient de me faucher ma Rolex, il ne m’a pas reconnu comme un des siens, toujours trop propre sans doute. Bon, où quelle est la bonne soussoupe ?
Je tourne en rond, en triangle et en long depuis que ma Rolex s’est faite tirer, pas la moindre humeur de soupe, pas le moindre scout. Je décide de demander à un agent de sécurité. Il me renseigne très aimablement que pour aider les clodos, faut que j’aille à la Gare Centrale, car les chasses régulières, que lui et ses confrères de la STIB et SNCB organisaient depuis plusieurs années, ont regroupés tous le Sans à la Gare Centrale. D’après lui, c’est « mieux pour le commerce du soir »
De quel
commerce du soir parlait-il ? En plus il m’a prise pour une de ces personnes qui sont toujours prêtes à donner à tout moment. J’aurai voulu lui crié à la figure : « JE SUIS
DANS LA RUE MOI, MONSIEUR ! ». Mais je crois qu’il ne comprendrait pas, vu mon ensemble 3 pièces. Il est précisément 18 heures 32 minutes et 23 secondes quand je décide de prendre le
métro pour la Gare Centrale (pour l’heure exacte, je vous rappelle que je suis dans une gare).
Des trous énormes dans mon emploi du temps ! Dans le résumé de mon entraînement pour me préparer au sans-abrisme, il y a des heures dont je ne parle pas, car je ne sais pas ce que je fais durant ces moments ! Si, si je vous jure que pendant de longues minutes je suis dans une sorte de « trou du temps » et
je ne me souviens de rien. C’est sans doute pour cela que l’on ne voit aucun Sans-logis à certaines heures de la journée. Ils sont absorbés par une force inconnue qui les extrais du temps et de
l’espace, nous ne les voyons plus ! La preuve de ce curieux phénomène, quand je suis arrivé à la Gare du Nord et que j’ai été si bien renseigné par le Gorille, j’avais décidé de faire la
manche pour passer le temps et profiter de la sortie des buralistes, enfin je veux dire des fonctionnaires. Au « réveil » mon gobelet ne contenait pas plus de pièces qu’au commencement,
c’est donc bien la preuve que les gens ne me voyaient pas, j’étais invisible, inexistant. La pauvreté extrême du Sans-abri est due donc en grande partie à cette invisibilité ! Quelle
expérience extraordinaire, quelle découverte, la générosité ne sert donc à rien si on ne peut résoudre ce phénomène paranormal. Fort de cette expérience, je suis enthousiaste pour la suite de mon
immersion SDF.
Gare Centrale, 19 h 40, j’ai bien fait de ne pas prendre mon MP3, je n’aurais pas été tranquille. Devant moi un tas de chiffons dans un coin, … le tas bouge !! Une tête en surgit ! UN SDF ! L’émotion m’envahit, enfin un enseignant, un homme d’expérience. J’approche pour le saluer et lui poser moult questions…heuu... je m’éloigne pour respirer un bon bol d’air. Le pauvre gars est enrhumé et n’as pas senti qu’il s’est assis dans un « coin pipi ». Je me lance à nouveau, non sans avoir pratiqué l’exercice d’hyperventilation appris lors d’un stage de plongée,
Moi : « pardon, monsieur, l’opération thermos c’est bien ici ? »
Le Tas : « T’as pas zinq roros, z’est bour mangééé »
Moi : « A quelle heure, la soupe ici ? »
Le Tas : « AAH les zcouts ! pâ zavant huit heurre du SOIRRRr »
Le Tas s’était endormi en me répondant, les prémices de sa prochaine invisibilité sans doute. Un parfum de soupe me titille les narines, comme dans un Tex Avery, mon nez emporte mon corps vers l’intérieur de la Gare. Je vis soudain une nuée de gens arriver de l’extérieur, le pas décidé, je m’engouffre dans la masse humaine, sans nul doute, « l’opération thermos » était en marche et je marchais avec elle, il était temps, mon estomac criait « pitié, plus de frites McDonnéennes »
20h15, station de métro De Brouckere, je traîne sur les trottoirs du centre depuis que j’ai quitté les Polonais. La meute, à la Gare Centrale, n’était pas des Sans-logis participants à l’Opération thermos, mais des touristes Polonais. Ils étaient conduits à la va vite de site en site par un pseudo-guide de la Région de Bruxelles-Capitale. Ils revenaient de la Grand Place et rentraient à leur hôtel à la Bourse, non sans avoir fait un détour par cette Gare Centrale, où le pseudo-guide leur indiqua les caméras de surveillance qui permirent de filmer leur compatriote agressant à mort un jeune homme. Les cameras étaient des vedettes, le monde des médias à l’envers. Moi, à ce moment, je ne comprenais rien de qui ce racontait en polonais, mais vu le langage du Tas quelques minutes auparavant, je pensais que c’était un dialecte SDFien. Le pseudo-guide, pointant son doigt sur les caméras, je pensais que c’était pour dire « rassurer vous chers SDF, votre sécurité est assurée ». Tout ce qui m’intéressait, c’était la consommation du mariage : celui de la soupe avec mon estomac.
La « mariée » je ne l’ai pas vue, je me suis retrouvé, ici au Centre ville car j’ai suivi les « invités » dans une rame de métro. Me voilà de retour au McDo, à faire les plateaux abandonnés et à me goinfrer de patato-macaroni frites molles. Enfin arrive l’heure de la délivrance, le seul moment que j’ai préparé de mon entraînement, le logement, il est +/- 22h30.
Je me dirige vers la Grand Place, que je remonte et je ressors en direction de la Gare Centrale, je sais, j’y étais…… à la sortie des petites ruelles, je trouve la rue de la Violette, un home pour Sans-logis s’y trouve, 69 lits disponibles d’après Google. Je crois qu’ils ont exagéré, ils ont certainement voulu mentionner 6 ou 9 lits, c’est amplement suffisant pour le Tas et moi …… J’arrive enfin, mon estomac est sur les talons avec les patates, il doit être pas loin de 23h15. Je sonne…. Je resonne…..reresonne…. « OUAIIIS ! C’EST QUOIII ! » le cri est venu en même temps que l’ouverture de la porte, j’ai cru un instant que c’était les gonds qui étaient rouillés !
- « Bonsoir monsieur, je viens pour….. »
- « C’EST COMPLET !»
- « heuuu, les 6 ou 9 places sont déjà prises !! »
- « ALLEZ VOIR AILLEURRRRR »
La porte s’était refermée sans n’avoir jamais cesser son mouvement : ouverture, cri pendant l’ouverture, cri pendant la fermeture, fermeture.
Voir ailleurs ? La Capitale de l’Europe, de la Belgique et de la Flandre, Région d’Europe, affiliée aux Régions autonomes d’Europe, avec un Roi et sa famille qui y habite, avec le président portugais d’Europe qui y préside, avec le siège de l’OTAN où vient de temps en temps s’asseoir le Chef du Monde, le Roi des Ameriques, avec son ciel si bas que le canal s’est noyé, avec tout ça d’important et il y avait plus de 9 SDF ! Incroyable !
J’ai peur, je savais qu’une immersion en Sans-abrisme était utile pour l’avenir, mais pas un avenir proche. Le Sans-logisme est à ma porte, rentrer chez moi maintenant, je risquait de le rencontrer. Je monte machinalement dans un tram, le temps de faire le point, de toute façon je passe inaperçu car la phase « invisibilité » avait commencée. Je commence à faire des calculs : 1 million d’habitants, 9 ou disons 10 SDF, cela faisait du 0,001 %, ça va théoriquement, mais va falloir compter tous les pauvres SDF qui n’ont pas Internet et qui ne trouverons jamais l’adresse du home. Tous ceux également, qui à cause de leur paranormalité, ne peuvent réunir suffisamment d’argent pour prendre un taxi Autolux pour rejoindre à temps le dit home.
Je suis toujours dans le tram, je réfléchis toujours à ce trop-plein de Sans-logis à Bruxelles. Je calcule
toujours, combien y a-t-il de SDF à Bruxelles ?
Comme l’a proposé un parent : « on aurait dus engagé des SDF pour faire la file, car ils sont moins
chers… », en parlant des files pour les inscriptions en secondaire. Moi j’aurais profité de cette occasion pour compter les Sans-abri. Je me demande, après réflexion si ce parent
pensait ce qu’il disait, n’était ce pas plutôt pour leur aptitude à rester dans la rue des heures que les SDF étaient plus performants à faire cette file ? A moins que ce soit pour leur
« invisibilité » ? On ne le saura jamais, puisque ce parent a finalement offert ce job à un étudiant, juste pour le mettre en immersion SDF, comme moi. C’est un bon exercice, une
école de la vie invivable. En plus durant cette file, à Jette, il y a eu une distribution de soupe, comme dans la réalité SDFéenne.
Le nombre de places restreint, le froid, la nuit blanche, les tentes, la soupe, le décret Arena est LE décret de la solidarité avec les Sans-abri, c’est chouette, et on va fêter ça chaque
année.
Certains parents auraient voulu que les files se fassent en avril, c’est une très bonne idée ! On pourra tous faire cette immersion SDF à Pâques, on piquera aux enfants, les oeufs en choco dans les parcs. En même temps on commémorerait un souvenir du 16 avril 2007. Ce jour là est mort, sur son banc, Luc. C’était à Molenbeek, il avait 53 ans et il est décédé dans l’invisibilité la plus totale. Luc était tellement « invisible » qu’il ne faisait même pas la manche, malgré la vue très perçante de certaines personnes qui l’aidaient, malgré l’hébergement occasionnel des policiers en face de son banc, Luc est resté en immersion SDF trop longtemps. Les responsables politiques, eux n’ont pas très bonne vue. J’ai peur…un homme d'expérience est parti, un homme est parti, son tort, ne plus avoir d'adresse. Avait il tort?
« TERMINUS ! », le conducteur du tram a fini son service, je descends, je suis Station du
Midi. Il est 00h50, je ne suis pas seul à descendre, un gars avec un grand sac accompagné d’un chien traverse les rails et se dirige vers la Gare, je le suis machinalement. Je m’assieds sur un
banc, je suis du regard le bonhomme qui manifestement cherche quelque chose, il tourne en rond, ensuite reviens vers moi et s’assis à son tour, le chien me regarde. « T’inquiète pas, il mord
pas », silence de ma part. « t’as eu le temps de passer à la Consigne ? », je ne comprenais pas « La consigne ? pourquoi faire ? » - « ben pour
déposer ton sac, tes affaires » - « heuu, je n’ai pas de sac ». L’homme me dévisage, il paraît réfléchir, puis il rajoute
- « depuis combien de temps t’es dans la rue ? »
- « depuis ce matin, mais comment savez-vous que… » …. c’en était un, le gars sur mon banc était un Homme de
la rue ! Je ne l’avais pas remarqué tout de suite, pas saoûl, pas sale, bien rasé, mieux que moi.
- « je comprends mieux, t’as pas encore d’affaires, t’as mangé ? »
- « oui, mais quelles affaires je n’ai pas ? »
- « ben des affaires quoi ! Tes affaires, ton sac »
- « ah, mes affaires, oui en fait je suis sorti ce matin sans rien pour ne rien avoir quand je serai
dans la rue »
- « ben c’est con ça !.... va falloir se tirer d’ici, c’est pas sûr, les tabassages tu
comprends »
- « ah bon et vous allez où ? »
- « viens on prends le train pour Zaventem »
Zaventem, qu’est ce que j’irai faire à l’aéroport cette nuit ? Ma curiosité est trop forte, je décide d’aller avec lui, je me débrouillerai pour rentrer.
Je crois avoir compris, les SDF sont trop nombreux, ils prennent l’avion à Zaventem, et rejoignent un autre pays clandestinement. Mais quel pays ??.....je me souviens alors des paroles d’Aznavour : « …il me semble que la misère serai moins pénible au soleil ».
Les SDF de Bruxelles s’exilaient dans un pays chaud et pauvre, où ils peuvent vivre parmi les autochtones comme des rois, ne dit-on pas « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois »
Les SDF belges sont des conquérants, des nouveaux conquistadors, il ne fallait pas que ça se sache, les défenseurs des droits de l’homme en feraient leur cheval de bataille, on obligerait Rama Yade à se taire à nouveau.
Nous les Belges, nous avons la colonisation dans le sang, même sans le moindre sous, nous colonisons.
C’est formidable et terrible à la fois, cela doit être dur d’abandonner son pays, pour une vie meilleure ailleurs. La Grande Vague tant attendue par les Sudéens : Le transfert Nord / Sud de
notre surplus d’ingénieurs, de techniciens, d’hommes à tout faire, de femme de ménage, de diplômés de l’Ecole Primaire. C’est vrai que les Sudéens attendaient un transfert d’argent. Ils doivent
être déçus, mais en même temps heureux de voir arriver des Blancs, leurs sauveurs, les créateurs de la civilisation. Je suis ému, si je ne devais pas faire les courses demain au Delhaize, si je
ne devais pas participer au marché de Noël de Uccle Centre, au Globe, j’aurai participé à cette nouvelle conquète, celle qui allait enfin expliquer au Sudéens pourquoi nous étions venus au 19 ème
siècle, Nous allons leur expliquer cela sans un sou et avec des hommes du 21 ème, des………SDF. Heuuuu…
Nous sommes arrivés à l’aéroport une demi-heure plus tard, dans l’escalator qui nous menaient vers le hall
des départs, nous n’étions pas seuls, 5 ou 6 autres bonhommes ressemblants à mon guide. Comme je l’ai dis auparavant, ni sale, ni puants, mais ils portaient tous leur garde-robe complète sur le
dos. Je précise pour ceux qui auraient compris que ces gens portaient une armoire sur leur dos, que ce n’est évidemment pas cela, il serait inutile de transporter du bois de chauffage vers un
pays pauvre et chaud, d’autant plus que là-bas le bois exotique pousse sur place.
Bon, je m’égare, parmi ces Colons, certains portaient également un grand sac, décoré de larges bandes roses et bleues, ou parfois le bleu est remplacé par du blanc. Tous identiques, ces sacs de
toile synthétique leur ont certainement étés offert par le Ministère chargés de ces Nouveaux Colons. Je me demande d’ailleurs sous quelle tutelle ministérielle, les Sans-logis s’exilaient. Le
Ministère de l’Action Sociale, le ministère des Affaires étrangères, celui de la Défense ou encore ceux du Tourisme (En Belgique, il y a en effet plusieurs Ministres qui s’occupent du Tourisme,
presque un par Touriste) ?
Il est 2h13, le hall des départs n’est pas rempli du tout, Les Colons peuvent faire la file chacun à un guichet, mais non, au lieu de ça, ils se dirigent tous vers le fond, là où traîne encore quelques chaises de la cafeteria. Chacun s’installe dans son coin, moi je reste avec mon compagnon de la Gare du Midi. ….On attend, mon guide me dit :
- «je m’appelle Jean, et toi ?»
- «Y….Yo, les gens m’appelle Yo»
- «eh ben Yo faudra te trouver un banc, pour roupiller ce sera plus confortable»
- «ah, le vol c’est pas pour tout de suite ?»
- «Eh là, DEGAGE D’ICI TOI, je suis honnête moi, si tu veux voler, tu retournes en ville !»
Je sursaute de ma chaise, je m ‘éloigne de lui, j’ai pas tout compris… je décide de retourner lui demander des explications :
- « Monsieur Jean, je n’avait pas l’intention de voler avec vous, je ….. »
- « EHH ! LES GARS ! Y A UN VOLEUR ICI, FAITES GAFFE À VOS AFFAIRES »
Il n’est pas loin de 5h36, lorsque je monte dans le train en direction de Bruxelles, j’ai dus attendre tout un temps dans les toilettes, car il n’y a pas de train la nuit. Heuu, enfin je veux dire, comme il n’y pas de train la nuit ET que j’étais poursuivis par les SDF, qui eux-mêmes étaient suivis par les vigiles de l’aéroport, je me suis cachés dans les toilettes, dans une cabine avec vue sur l’horloge, pour ne pas rater mon train.
J’avais beau leur expliquer en courant que je ne volerai pas avec eux, ils me criaient que personne ne
volera avec personne. Il était évident que toute cette opération était secrète, et que les vigiles étaient là pour éloigner toute personne n’ayant pas fait la demande de Colonisation des Sudéens.
Il n’y avait plus aucun doute là-dessus, même les Français voulaient en faire partie, j’ai vu ça sur les écrans quand j’étais à la Gare du Midi. Il n’y avait pas le son, mais on voyait
distinctement les futurs Colons faire la file dans des tentes le long de la Seine. Et comme dans mon cas, les CRS ont dus déloger ceux qui ne devaient pas faire partie du voyage. Chose bizarre,
les policiers parisiens ont chassé tout le monde……ils ont appelés ça l’Opération Don Quichotte, pour ne pas éveiller les soupçons, tout en gardant un lien avec la Conquête, En effet, Don
Quichotte vivait dans La Castilla-La Mancha, région adjacente de l’Extremadura, d’où étaient originaires la plupart des Conquistadors Espagnols. Subtil comme raisonnement, mais on ne me la fait
pas à moi.
6h00, je suis à nouveau Gare du Midi, j’en sors et je me dirige pour prendre un taxi, je rentre
chez moi, Sans-abri c’est pas un job pour moi, le plus tard possible.
- « Bonjour, je vais à Uccle, rue … » j’avais pas ni fini de monter dans le taxi, ni terminer
ma phrase que le chauffeur me réponds
- « Eh, le clodo, tu pues, dégage de mon taxi ! J’suis pas l’abbé
Pierre ! » Le cri m’a éjecté dehors, je reste un instant ébahi. Comment je pue ? La célèbre odeur de pipi qui règne autour de la gare a pénétrée dans son taxi et il a cru
que c’était moi. Non mais ! Je lui crie à mon tour
- « Moi aussi je sens le pipi ! Et puis je sais bien que vous n’êtes pas Abbé et je ne
m’appelle pas Pierre ! ». Quelle familiarité, je me dirige calmement vers un autre taxi, quand je vois le premier chauffeur sortir de son auto en me demandant de répéter ce que
j’avais dis. La marche calme s’est transformée en sprint, car j’avais bien compris qu’il n’était pas malentendant, puisqu’il ne portait pas d’appareil auditif.
Je me réfugie à l’intérieur de la Gare, et c’est à ce moment que je ressens une chaleur, La Chaleur. Avec toutes ces sprints, je n’avais pas remarqué qu’il faisait froid dehors, un froid à geler un homme s’il restait une nuit dehors. C’était bon cette chaleur, et puis le parfum de café mélangé à … c’est quoi cette odeur… sans doute les effluves de l’extérieur… Je m’assieds un moment sur un banc, un peu, beaucoup fatigué.
Si j’avais su que je passerai une nuit pareil, j’aurai suivi le conseil du Ministre Smet, j’aurai pris une chambre au Hilton. J’ai entendu dire que le 17 octobre dernier, des SDF ont été logés au Hilton de Bruxelles, au frais de l’Etat, le ministre et une élue d’Anvers ont voulus ainsi montrer leur solidarité pour la journée mondiale de lutte contre la pauvreté, en leur offrant une nuit à l’hôtel et ……heuu…mais non, je me souviens maintenant, c’est pas ça ! C’est un Collectif de SDF qui se sont présentés à l’Hôtel Hilton, pour y passer une nuit et ils ont demandé d’envoyer la facture au ministre, qui quelques jours auparavant a affirmé que ce serait sans doute moins cher de loger les sans-abri dans un hôtel de luxe. Je ne me souviens plus si le groom les a accompagnés jusque dans leur chambre ou jusqu’au trottoir.
Bon, j’en ai marre de ce test grandeur nature, je vais rentrer chez moi. Je me lève de mon banc quand je remarque un gobelet de coca près de mes pieds, il est rempli de pièces ! Ca c’est quand même le comble, quand je fais la manche, personne ne me donne, et quand je m’assis quelques minutes pour réfléchir, je me retrouve avec un gobelet qui traînait là plein de pièces. Je le ramasse, bien décidé d’en faire profiter le premier mendiant que je croiserai.
Il ne m’a pas fallut longtemps, pour rencontrer mon homme, un visage souriant et qui marche vers
les gens en disant : « pour manger, m’sieurs dames ! »
- « j’comprends rien à ton
histoire et j’comprends pas pourquoi tu veux me filer ton fric »
- « Comme je vous l’ai
expliqué, je… »
- « Arrête, j’veux rien savoir, puisque t’as du fric, allons chez Monica, on mangera »
Mon mendiant de la Gare ne voulait rien entendre, ni mon histoire, ni qui j’étais, il était persuadé que j’étais un SDF, comme lui. Je décide de le suivre, j’avais faim.
Nous avons marché un petit quart d’heure et nous arrivons rue Haute, au numéro 118. En chemin, Jacques m’expliqua que Monica tenait une asbl « Nativitas », que dans sa Bicoque, elle y vendait des repas chauds, du café, des vêtements, on pouvaient y prendre une douche et même louer une serviette. J’ai d’abords répondu, que ce n’était pas ce qu’il y avait de plus honorable pour quelqu’un de vendre à des Sans-abri, mais Jacques m’a affirmé que c’était au contraire une très bonne idée de vendre, car il n’aimait pas trop qu’on lui donne.
Nous rentrons dans ce qu’on pourrait prendre pour une taverne, quelques tables, un comptoir au fond avec la cuisine.
- « Bonjour Jacquot, viens par ici ! »
Une dame, d’un age respectable nous accueille, nous fait asseoir à une table.
- « Bonjour Monica, on est les premiers » « Je te présente un ami, il revient de Zaventem »
Monica se tourne vers moi
- «Bonjour, t’es de
Bruxelles ? »
- «oui, de Uccle »
- « Bien, bien, un
petit café chacun et deux tartines, ça va Jacques ? »
Jacques fit signe que oui, je ne dis rien de plus mais Monica me fit signe et je m’approche
d’elle.
- « Tu peux prendre une douche si tu veux »
- « Merci, mais je le ferai
chez moi, je ne faisais qu’accompagner Jacques »
- « Tu sais, ici y pas de
honte ni de pitié, c’est d’ailleurs pour ça que je fais payer, mais c’est symbolique et si tu n’as pas de quoi régler, c’est pas grave »
Je lui montre mes pièces, toujours dans leur gobelet, et je me rends compte qu’en exhibant ce porte-monnaie, je m’enfonçais un peu plus dans le Sans-logisme. Un instant de silence s’installe, je retourne à table dévorer de la vraie nourriture, cela faisait si longtemps.
Il est à peu près 10h30 quand je sors de la Bicoque, le ventre bien rempli, j’y ai laissé mon compagnon d’un instant, j’y ai laissé une somme ridicule pour deux grands déjeuners. J’ai du mal à me remettre du mensonge que j’ai fait, mais est-ce le plus important ?
Cela fait plus de 24 heures maintenant que j’erre à travers la ville, je vais rentrer en tram gratuitement, j’ai laissé tout ce que j’avais à Jacques. Une fois chez moi, je dormirai, sans douche, trop crevé.
Dans le tram, un journal traîne, je le saisis, c’est la page des faits divers. Un titre : «A Washington, le roi des échecs est un SDF », l’article dit « …Il vit de son talent dans un square et dort sur les bancs publics », je me dis qu’il en avait de la chance de pouvoir dormir.
-« C’est à cette heure-ci que tu rentres ! »
Cette par cette phrase type que ma femme, Madame Yoyo m’accueille. Faut dire que j’ai dus sonner à la porte, dans ma précipitation à tester le Sans-logisme, je suis sorti sans mes clés.
-« Il est tard, ma Yoyo, je sais, j’aurai dus t’appeler »
-« TARD ! Il est 11h et demi, je trouve pas que ce soit tard pour un lundi, tu pues, tu rentre 6 heures plus tôt que d’habitude, je ne sais pas ce que tu fais, mais tu cherches à te défiler encore une fois »
Réfléchir, il faut que je prenne le temps de réfléchir, elle me tend un piège ou alors…… lundi, on est lundi, mais oui ! Bon sang, elle était chez sa sœur depuis samedi soir et elle est rentrée ce matin. Ma femme, que tout le monde appelle Madame Yoyo, est une fana d’internet, ce tas de câbles invisibles qui relient les ordinateurs du monde entre eux. Elle anime, avec sa sœur des discussions, elles appellent ça des forums, c’est d’ailleurs de là que lui vient le surnom de Yoyo. Elle ne peut presque pas s’en passer, alors quand son ordinateur est tombé en panne jeudi, elle a voulut passer le week-end chez sa sœur, histoire de profiter de son PC.
-« Hé Ho ! Si tu peux te réveiller un peu et me dire quelle orgie vous avez encore fait de grand matin au bureau »
-« Non, en fait je … je … »
-« Oui, bon, jeje, va prendre une douche et vient manger »
Ouf, sauvé par le gong, j’allais quand même pas lui dire que j’ai traîné 24 heures dans la rue pour voir comment c’était que la vie d’un SDF.
A table, ma femme technologique me raconte qu’elle a réussi à contacter des personnes sur internet qui étaient intéressées par les haut-parleurs de la salle à manger. Dit comme ça, c’est simple à comprendre, mais quand elle se lance dans la narration de ses exploits internetiques, j’ai souvent du mal à suivre. Elle m’aurait dit que des petits bons hommes verts avaient pris un contact du 1er type avec elle pour nous racheter nos enceintes, je l’aurai cru.
- « Sais-tu, que dans un blog, y a un type qui raconte comment il a testé la vie dans la rue, tu te rends compte, il a tellement peur de devenir SDF, qu’il vit actuellement dans la rue, pour se préparer ! »
- « Heu… un blog ? »
- « Oui, tu sais, je t’ai déjà dis ce que c’était, un blog, c’est quand tu as envie d’écrire à pleins de gens qui sont dans l’internet, tous ces gens, tu n’as pas leurs adresses postales ? »
- « Non… »
- « Et bien, comme tu ne connais pas leurs adresses, tu écris et c’est eux qui viennent lire ! »
- « Ah, ouais, bien sûr… »
- « Comme je te disais, le futur SDF, ma sœur et moi, on l’a lu, c’est fou ! »
- « Ah ben ouais, puisqu’il n’avait pas votre adresse, vous êtes parties le lire, ouais, ouais »
- « Nous lui avons même laissé des commentaires sur ses articles »
- « Pourquoi, c’est un journaliste ? »
- « J’en sais rien, on lui a juste écris que c’était bien »
- « Bien, c’est bien d’être SDF ?? »
- « Non ! Andouille ! C’est bien qu’il teste pour nous, tous les trucs SDF »
- « Ah, et il était où quand tu as quitté ta sœur ? »
- « Dans le tram, il rentrait chez lui »
Il y a quelque chose d’absurde, mais je ne sais pas quoi. Je soupçonne les frites martiennes, mais je ne
suis sur de rien.
est-ce la fin ?, j'en sais rien...