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Jeudi 24 avril 2008
publié dans : Quand je serai SDF communauté : FRONT DE LIBERATION DU YOUKI

La suite de « Quand je serai SDF »

Une suite pleine de petits liens, à suivre, si vous le voulez 

Je suis saisi de stupeur, quand je vois à la télé Le Tas (clic), dans un reportage du JT. On est le 20 avril, près d’un mois après le début du printemps et lui et d’autres n’avaient pas encore entamé leur longue phase d’invisibilité printanière et estivale, bien au contraire, ils campaient devant un abri pour SDF. Ils dormaient dans des tentes de la marque du célèbre sport d’endurance, ironie ou volonté de montrer que le Sans-logisme est un sport d’endurance, je ne le saurais pas, car Mme Yoyo vient de changer de chaîne, elle ne veut pas rater le Grand Reporter Nagui et l’interview quotidienne qu’il fait d’aventuriers de toute sorte.

Le Tas est à Charleroi, faut que j’y aille pour voir si ce qu’il fait là est une préparation pour les prochains JO , dans ce cas n’ai-je pas aussi mes chances, vu l’entraînement que j’ai effectué en hiver ? Le sponsor sur les tentes était pour moi une preuve que quelque chose se préparait. J’avais déjà raté l’opération de colonisation des Sudéens (clic), je ne vais quand même pas rater une participation aux Jeux Olympiques, dans le seul sport d’endurance où j’ai certaines chances, l’invisibilité (clic) en position assise, voir même dans la position du lotus.

Le 25 avril, je suis Gare Centrale, lieu mythique du Sans-abrisme, je vais prendre le train pour la ville de Charleroi, terre de tous les défis. Pour mes amis Français, sachez que Charleroi est à la Belgique ce qu’est le Bronx ou Chicago des années de prohibition sont aux Etats-Unis. Charleroi ressemble en plus à une énorme zone industrielle, de type soviétique, avec un nuage gris permanent au-dessus de la ville. Les mafiosi, les truands, les Politiques véreux, les vendeurs de bois de contrebande(clic), la police débordée, tout ce beau petit monde fait tout pour garder cette chape de gris au-dessus de la ville qui tire son nom de Charles 5, que ses potes appelaient Charlequint, diminutif de Charles Le Quintal, surnom qu’il devait sans doute à une obésité génétique, dont souffre plusieurs monarques de part le Monde. Aujourd’hui, pour se distinguer des autres cités médiévales belges, elle rassemble la plus grande concentration de tentes habitées par des Tas, entraînement ultime pour les JO, sous la houlette d’une échevine des sports, très controversée, puisque la rumeur récente (23 avril), parle de conasse(clic), rien que ça.

Une petite heure plus tard, je suis déjà au centre de Charleroi, j’ai du mal à me mouvoir avec la combinaison et le masque à gaz que l’on m’a ordonné de porter à la sortie de la gare. Le taux de pollution de l’air a encore une fois dépassé les normes de Vladivostok et de Minsk réunis, j’ai pas l’air ridicule, tous les « touristes » doivent en porter, seuls l’indigène ne doit pas. Le responsable de l’immigration, à la gare, m’a expliqué que les habitants de Charleroi sont immunisés, puisqu’ils naissent avec des poumons goudronnés, qui filtrent bien mieux l’air vicié. Je ne sais pourquoi, je n’ai pas trop envie de m’attarder dans cette ville, mais je commence à comprendre pourquoi les athlètes SDF viennent s’entraîner ici, au vu des conditions extrêmes.

Je trouve enfin la maison d’accueil devant laquelle le rassemblement sportif a lieu, celle-ci porte le nom d’Ulysse, légère référence aux Grecs, fondateurs du muscle. Ulysse était aussi un des tous premiers Sans-logis, puisqu’il erra longtemps avant de récupérer ses papiers et de pouvoir rentrer chez lui, où l’attendait sa femme, ce qui prouve que c’est une légende.

De temps en temps je sirote, par un system ingénieux de tube, un liquide sucré que je porte dans le petit sac à dos que m’a fourni l’office du tourisme de la gare, c’est visiblement du coca avec un arrière goût de chips. Je ne serais pas étonné qu’un mafioso local rassemble tous les restes de frites et de coca McDonnéennes et en fait ce jus, seul remède contre une éventuelle infection, dixit le gars à la gare.

La plupart des tentes sont vides, j’arrive enfin à trouver quelqu’un, je lui dis :

-          « Gfou vavez vou un go avec ne borbe ? »

-          « Hein ? »

-          « Ché pô fachile de pôrler affec ce môsque »

-          « Dites donc, c’est vrai que vous parler bizarre, vous les Chtis »

-          « Naon, chui de Brousselle »

-          « Et puis, pourquoi que tu portes un masque mon gars, je pue tellement ? »

-          … ?

Visiblement, va falloir que je retire un instant mon masque à gaz, sinon je n’arriverai pas à me faire comprendre, je prends une dernière bouffée d’air filtré et je l’enlève.

-          « Bonjour, je vous demandais si vous n’aviez pas vu un gars avec une barbe ? »

-          « Ah ! Oui y en avait quelques uns avec des barbes, mais ils se sont rasés au foyer, en face »

-          « En fait, mon barbu à moi, vient de Bruxelles, sans doute avait-il un masque et une combinaison comme la mienne à son arrivée »

-          « Ah non, faut dire que je ne suis pas tout le temps ici, mais un gars habillé comme toi, j’en ai vu aucun »

C’est vrai aussi que je n’avais rencontré personne avec cet ensemble combinaison et masque, ça ne doit pas être la saison du touriste à Charleroi.

-          « A propos, que faites vous ici et où sont les autres ? »

-          « Certains vont faire la manche, d’autres travaillent, moi j’attends l’ouverture du foyer, j’espère décrocher une place »

Je me souviens à cet instant de ma mésaventure à Zaventem, je décide de ne pas parler directement des JO, je vais aborder d’une autre manière.

-          « Vous arrivez à tenir invisible longtemps par ici ? »

-          « Heu…ben si je rentre oui, on ne me verra plus ! »

C’est donc ça, l’invisibilité est en retard cette année, les SDF sont obligés de dormir dans des maisons et des lits comme tout le monde, en attendant que la magie opère. De toute façon, les JO sont pour le mois d’août, il y a encore du temps pour que ça vienne.

Je remets mon masque, je salue de la main mon interlocuteur, une bouffée d’air sous masque pfffff…, une rasade de la potion, on ne sait jamais, c’est vrai que c’est un peu pollué dehors.

Je traverse, je vais me renseigner directement chez Ulysse(clic). Je sonne, j’enlève à nouveau mon masque, un bonhomme vient ouvrir.

-          « Bonjour, je voudrais savoir quelles sont les formalités pour entrer »

-          « Ben, on tire des cartes, et suivant la couleur, tu rentres ou pas »

 

à suivre, certainement…


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Mardi 29 janvier 2008
publié dans : Quand je serai SDF communauté : La gazette des blogs
Nous regardions la télé, Mr Yoyo et moi, le journal de France 2 ce mardi soir. Incroyable, je montre à Mr Yoyo le gars à la télé qui teste pour nous le Sans-abrisme, il est dans le journal, à Paris cette fois, pendant 2 jours. Résultats c'est la même chose qu'à Bruxelles. La même déserrance, les mêmes situations, les mêmes Ministres. La Ministre Française, dit dans l'interview qui suit " ça existe, oui.... blablabla..... c'est  des pauvres .....blablabla ..... c'est parce qu'il n'y a pas assez de logements....". Ben, j'en reviens pas, je le dis à Mr Yoyo, il me répond : " Oh tu sais, c'est normal, les Bottins, ça répond toujours comme notre ancien voisin de palier, Mr La Palisse, par des conneries ". Il a raison, les Bottins ce sont des livres où la présentation des personnages dure vraiment trop longtemps, pour se terminer par une histoire qui ne ressemble à rien. Les Bottins c'est con comme romans, trop de personnages, pas assez de suspens.

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Lundi 14 janvier 2008
publié dans : Quand je serai SDF communauté : La gazette des blogs
... suite de "Quand je serai SDF"


-« C’est à cette heure-ci que tu rentres ! »

Cette par cette phrase type que ma femme, Madame Yoyo m’accueille. Faut dire que j’ai dus sonner à la porte, dans ma précipitation à tester le Sans-logisme, je suis sorti sans mes clés.

-« Il est tard, ma Yoyo, je sais, j’aurai dus t’appeler »

-« TARD ! Il est 11h et demi, je trouve pas que ce soit tard pour un lundi, tu pues, tu rentre 6 heures plus tôt que d’habitude, je ne sais pas ce que tu fais, mais tu cherches à  te défiler encore une fois »

Réfléchir, il faut que je prenne le temps de réfléchir, elle me tend un piège ou alors…… lundi, on est lundi, mais oui ! Bon sang, elle était chez sa sœur depuis samedi soir et elle est rentrée ce matin. Ma femme, que tout le monde appelle Madame Yoyo, est une fana d’internet, ce tas de câbles invisibles qui relient les ordinateurs du monde entre eux. Elle anime, avec sa sœur des discussions, elles appellent ça des forums, c’est d’ailleurs de là que lui vient le surnom de Yoyo. Elle ne peut presque pas s’en passer, alors quand son ordinateur est tombé en panne jeudi, elle a voulut passer le week-end chez sa sœur, histoire de profiter de son PC.

-« Hé Ho ! Si tu peux te réveiller un peu et me dire quelle orgie vous avez encore fait de grand matin au bureau »

-« Non, en fait je … je … »

-« Oui, bon, jeje, va prendre une douche et vient manger »

Ouf, sauvé par le gong, j’allais quand même pas lui dire que j’ai traîné 24 heures dans la rue pour voir comment c’était que la vie d’un SDF.

A table, ma femme technologique me raconte qu’elle a réussi à contacter des personnes sur internet qui étaient intéressées par les haut-parleurs de la salle à manger. Dit comme ça, c’est simple à comprendre, mais quand elle se lance dans la narration de ses exploits internetiques, j’ai souvent du mal à suivre. Elle m’aurait dit que des petits bons hommes verts avaient pris un contact du 1er type avec elle pour nous racheter nos enceintes, je l’aurai cru.

- « Sais-tu, que dans un blog, y a un type qui raconte comment il a testé la vie dans la rue, tu te rends compte, il a tellement peur de devenir SDF, qu’il vit actuellement dans la rue, pour se préparer ! »

- « Heu… un blog ? »

- « Oui, tu sais, je t’ai déjà dis ce que c’était, un blog, c’est quand tu as envie d’écrire à pleins de gens qui sont dans l’internet, tous ces gens, tu n’as pas leurs adresses postales ? »

- « Non… »

- « Et bien, comme tu ne connais pas leurs adresses, tu écris et c’est eux qui viennent lire ! »

- « Ah, ouais, bien sûr… »

- « Comme je te disais, le futur SDF, ma sœur et moi, on l’a lu, c’est fou ! »

- « Ah ben ouais, puisqu’il n’avait pas votre adresse, vous êtes parties le lire, ouais, ouais »

- « Nous lui avons même laissé des commentaires sur ses articles »

- « Pourquoi, c’est un journaliste ? »

- « J’en sais rien, on lui a juste écris que c’était bien »

- « Bien, c’est bien d’être SDF ?? »

- « Non ! Andouille ! C’est bien qu’il teste pour nous, tous les trucs SDF »

- « Ah, et il était où quand tu as quitté ta sœur ? »

- « Dans le tram, il rentrait chez lui »

Il y a quelque chose d’absurde, mais je ne sais pas quoi. Je soupçonne les frites martiennes, mais je ne suis sur de rien.
 
est-ce la fin ?, j'en sais rien...
Je vous rappelle que pour la facilité de la lecture, le texte complet se trouve
ici


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Dimanche 13 janvier 2008
publié dans : Quand je serai SDF communauté : Solidarités
Les jeunes SDF en France, ont un peu perdu de leur invisibilité, le temps d'une émission, le temps que le camerarmen les suit. La survie des invisibles est réelle, la menace, la violence, le vol, tous ces maux arrivent à les "voir". Leur invisibilité n'est présente que pour les gens dits normaux, ceux qui ont un logis. Leur invisibilité est une bonne chose pour nous, nous qui craignons juste que le gaz, le gasoil de chauffage n'augmente. Nous qui ne pensons pas un instant que cette paranormalité du SDF, cette capacité qu'il a d'être invisible, sera peut-être un jour notre caractéristique. Alors c'est vrai, le pouvoir d'achat diminue, mais eux ne l'ont plus ce pouvoir, ils ont juste cette faculté d'être invisibles, dont ils se passeraient bien. Alors quand vous raler sur votre pouvoir diminuant, dont votre Président n'as pas la décence de parler, penser à ceux qui n'ont même pas la télé, pour voir le Grand Nain gesticuler.
J'ai mis du temps pour me remettre du reportage, car rien nous y préparera, pensez-y

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Jeudi 3 janvier 2008
publié dans : Quand je serai SDF communauté : Solidarités
Les lois et reglements de toutes sortent qui existent dans un Etat de droit, devraient protéger le citoyen, dés qu'il s'agit de certaines personnes, ces mêmes règles deviennent celles d'un grand jeu, celui qui consiste à sortir des citoens de la zone de jeu, pour en faire des citoyens de seconde zone, pour terminer par en faire des Hommes sans terrain de vie.
Comment fabriquer un sans-papier ? Faites en pour commencer un SDF, expulsé-le de son logement.
Lisez cet article:


http://www.actu24.be/article/regions/provnamur/infosnam/expulse_pour_quelques_metres_carres/84382.aspx

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Jeudi 3 janvier 2008
publié dans : Quand je serai SDF communauté : Solidarités
… suite de «quand je serai SDF »…


- 
« j’comprends rien à ton histoire et j’comprends pas pourquoi tu veux me filer ton fric »
-  « Comme je vous l’ai expliqué, je… »
-  « Arrête, j’veux rien savoir, puisque t’as du fric, allons chez Monica, on mangera »

Mon mendiant de la Gare ne voulait rien entendre, ni mon histoire, ni qui j’étais, il était persuadé que j’étais un SDF, comme lui. Je décide de le suivre, j’avais faim.

Nous avons marché un petit quart d’heure et nous arrivons rue Haute, au numéro 118. En chemin, Jacques m’expliqua que Monica tenait une asbl « Nativitas », que dans sa Bicoque, elle y vendait des repas chauds, du café, des vêtements, on pouvaient y prendre une douche et même louer une serviette. J’ai d’abords répondu, que ce n’était pas ce qu’il y avait de plus honorable pour quelqu’un de vendre à des Sans-abri, mais Jacques m’a affirmé que c’était au contraire une très bonne idée de vendre, car il n’aimait pas trop qu’on lui donne.

Nous rentrons dans ce qu’on pourrait prendre pour une taverne, quelques tables, un comptoir au fond avec la cuisine.

- « Bonjour Jacquot, viens par ici ! »

Une dame, d’un age respectable nous accueille, nous fait asseoir à une table.

- « Bonjour Monica, on est les premiers »  « Je te présente un ami, il revient de Zaventem »

Monica se tourne vers moi
-  «Bonjour, t’es de Bruxelles ? »
-   «oui, de Uccle »
-   « Bien, bien, un petit café chacun et deux tartines, ça va Jacques ? »

Jacques fit signe que oui, je ne dis rien de plus mais Monica me fit signe et je m’approche d’elle.
-  « Tu peux prendre une douche si tu veux »
-  « Merci, mais je le ferai chez moi, je ne faisais qu’accompagner Jacques »
-   « Tu sais, ici y pas de honte ni de pitié, c’est d’ailleurs pour ça que je fais payer, mais c’est symbolique et si tu n’as pas de quoi régler, c’est pas grave »

Je lui montre mes pièces, toujours dans leur gobelet, et je me rends compte qu’en exhibant ce porte-monnaie, je m’enfonçais un peu plus dans le Sans-logisme. Un instant de silence s’installe, je retourne à table dévorer de la vraie nourriture, cela faisait si longtemps.

Il est à peu près 10h30 quand je sors de la Bicoque, le ventre bien rempli, j’y ai laissé mon compagnon d’un instant, j’y ai laissé une somme ridicule pour deux grands déjeuners. J’ai du mal à me remettre du mensonge que j’ai fait, mais est-ce le plus important ?

Cela fait plus de 24 heures maintenant que j’erre à travers la ville, je vais rentrer en tram gratuitement, j’ai laissé tout ce que j’avais à Jacques. Une fois chez moi, je dormirai, sans douche, trop crevé.

Dans le tram, un journal traîne, je le saisis, c’est la page des faits divers. Un titre : «A Washington, le roi des échecs est un SDF », l’article dit « …Il vit de son talent dans un square et dort sur les bancs publics », je me dis qu’il en avait de la chance de pouvoir dormir.

 

… à suivre, dés que je peux..


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Mercredi 26 décembre 2007
publié dans : Quand je serai SDF communauté : Fourre-tout * inclassable

… suite de «quand je serai SDF »…

6h00, je suis à nouveau Gare du Midi, j’en sors et je me dirige pour prendre un taxi, je rentre chez moi, Sans-abri c’est pas un job pour moi, le plus tard possible. 
-  « Bonjour, je vais à Uccle, rue … » j’avais pas ni fini de monter dans le taxi, ni terminer ma phrase que le chauffeur me réponds
-  « Eh, le clodo, tu pues, dégage de mon taxi ! J’suis pas l’abbé Pierre ! » Le cri m’a éjecté dehors, je reste un instant ébahi. Comment je pue ? La célèbre odeur de pipi qui règne autour de la gare a pénétrée dans son taxi et il a cru que c’était moi. Non mais ! Je lui crie à mon tour 
-  « Moi aussi je sens le pipi ! Et puis je sais bien que vous n’êtes pas Abbé et je ne m’appelle pas Pierre ! ». Quelle familiarité, je me dirige calmement vers un autre taxi, quand je vois le premier chauffeur sortir de son auto en me demandant de répéter ce que j’avais dis. La marche calme s’est transformée en sprint, car j’avais bien compris qu’il n’était pas malentendant, puisqu’il ne portait pas d’appareil auditif.

Je me réfugie à l’intérieur de la Gare, et c’est à ce moment que je ressens une chaleur, La Chaleur. Avec toutes ces sprints, je n’avais pas remarqué qu’il faisait froid dehors, un froid à geler un homme s’il restait une nuit dehors. C’était bon cette chaleur, et puis le parfum de café mélangé à … c’est quoi cette odeur… sans doute les effluves de l’extérieur… Je m’assieds un moment sur un banc, un peu, beaucoup fatigué.

Si j’avais su que je passerai une nuit pareil, j’aurai suivi le conseil du Ministre Smet, j’aurai pris une chambre au Hilton. J’ai entendu dire que le 17 octobre dernier, des SDF ont été logés au Hilton de Bruxelles, au frais de l’Etat, le ministre et une élue d’Anvers ont voulus ainsi montrer leur solidarité pour la journée mondiale de lutte contre la pauvreté, en leur offrant une nuit à l’hôtel et ……heuu…mais non, je me souviens maintenant, c’est pas ça ! C’est un Collectif de SDF qui se sont présentés à l’Hôtel Hilton, pour y passer une nuit et ils ont demandé d’envoyer la facture au ministre, qui quelques jours auparavant a affirmé que ce serait sans doute moins cher de loger les sans-abri dans un hôtel de luxe. Je ne me souviens plus si le groom les a accompagnés jusque dans leur chambre ou jusqu’au trottoir.

Bon, j’en ai marre de ce test grandeur nature, je vais rentrer chez moi. Je me lève de mon banc quand je remarque un gobelet de coca près de mes pieds, il est rempli de pièces ! Ca c’est quand même le comble, quand je fais la manche, personne ne me donne, et quand je m’assis quelques minutes pour réfléchir, je me retrouve avec un gobelet qui traînait là plein de pièces. Je le ramasse, bien décidé d’en faire profiter le premier mendiant que je croiserai.

Il ne m’a pas fallut longtemps, pour rencontrer mon homme, un visage souriant et qui marche vers les gens en disant : « pour manger, m’sieurs dames ! »

...à suivre


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Dimanche 16 décembre 2007
publié dans : Quand je serai SDF communauté : FRONT DE LIBERATION DU YOUKI
...(suite)...
Nous sommes arrivés à l’aéroport une demi-heure plus tard, dans l’escalator qui nous menaient vers le hall des départs, nous n’étions pas seuls, 5 ou 6 autres bonhommes ressemblants à mon guide. Comme je l’ai dis auparavant, ni sale, ni puants, mais ils portaient tous leur garde-robe complète sur le dos. Je précise pour ceux qui auraient compris que ces gens portaient une armoire sur leur dos, que ce n’est évidemment pas cela, il serait inutile de transporter du bois de chauffage vers un pays pauvre et chaud, d’autant plus que là-bas le bois exotique pousse sur place.
Bon, je m’égare, parmi ces Colons, certains portaient également un grand sac, décoré de larges bandes roses et bleues, ou parfois le bleu est remplacé par du blanc. Tous identiques, ces sacs de toile synthétique leur ont certainement étés offert par le Ministère chargés de ces Nouveaux Colons. Je me demande d’ailleurs sous quelle tutelle ministérielle, les Sans-logis s’exilaient. Le Ministère de l’Action Sociale, le ministère des Affaires étrangères, celui de la Défense ou encore ceux du Tourisme (En Belgique, il y a en effet plusieurs Ministres qui s’occupent du Tourisme, presque un par Touriste) ?

Il est 2h13, le hall des départs n’est pas rempli du tout, Les Colons peuvent faire la file chacun à un guichet, mais non, au lieu de ça, ils se dirigent tous vers le fond, là où traîne encore quelques chaises de la cafeteria. Chacun s’installe dans son coin, moi je reste avec mon compagnon de la Gare du Midi. ….On attend, mon guide me dit :

-          «je m’appelle Jean, et toi ?»

-          «Y….Yo, les gens m’appelle Yo»

-          «eh ben Yo faudra te trouver un banc, pour roupiller ce sera plus confortable»

-          «ah, le vol c’est pas pour tout de suite ?»

-          «Eh là, DEGAGE D’ICI TOI, je suis honnête moi, si tu veux voler, tu retournes en ville !»

Je sursaute de ma chaise, je m ‘éloigne de lui, j’ai pas tout compris… je décide de retourner lui demander des explications :

-          « Monsieur Jean, je n’avait pas l’intention de voler avec vous, je ….. »

-          « EHH ! LES GARS ! Y A UN VOLEUR ICI, FAITES GAFFE À VOS AFFAIRES »

 

Il n’est pas loin de 5h36, lorsque je monte dans le train en direction de Bruxelles, j’ai dus attendre tout un temps dans les toilettes, car il n’y a pas de train la nuit. Heuu, enfin je veux dire, comme il n’y pas de train la nuit ET que j’étais poursuivis par les SDF, qui eux-mêmes étaient suivis par les vigiles de l’aéroport, je me suis cachés dans les toilettes, dans une cabine avec vue sur l’horloge, pour ne pas rater mon train.

J’avais beau leur expliquer en courant que je ne volerai pas avec eux, ils me criaient que personne ne volera avec personne. Il était évident que toute cette opération était secrète, et que les vigiles étaient là pour éloigner toute personne n’ayant pas fait la demande de Colonisation des Sudéens. Il n’y avait plus aucun doute là-dessus, même les Français voulaient en faire partie, j’ai vu ça sur les écrans quand j’étais à la Gare du Midi. Il n’y avait pas le son, mais on voyait distinctement les futurs Colons faire la file dans des tentes le long de la Seine. Et comme dans mon cas, les CRS ont dus déloger ceux qui ne devaient pas faire partie du voyage. Chose bizarre, les policiers parisiens ont chassé tout le monde……ils ont appelés ça l’Opération Don Quichotte, pour ne pas éveiller les soupçons, tout en gardant un lien avec la Conquête, En effet, Don Quichotte vivait dans La Castilla-La Mancha, région adjacente de l’Extremadura, d’où étaient originaires la plupart des Conquistadors Espagnols. Subtil comme raisonnement, mais on ne me la fait pas à moi.

à suivre...


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Samedi 15 décembre 2007
publié dans : Quand je serai SDF communauté : LA RUE BRIC A BRAC
« TERMINUS ! », le conducteur du tram a fini son service, je descends, je suis Station du Midi. Il est 00h50, je ne suis pas seul à descendre, un gars avec un grand sac accompagné d’un chien traverse les rails et se dirige vers la Gare, je le suis machinalement. Je m’assieds sur un banc, je suis du regard le bonhomme qui manifestement cherche quelque chose, il tourne en rond, ensuite reviens vers moi et s’assis à son tour, le chien me regarde. « T’inquiète pas, il mord pas », silence de ma part. « t’as eu le temps de passer à la Consigne ? », je ne comprenais pas  « La consigne ? pourquoi faire ? » - « ben pour déposer ton sac, tes affaires » - « heuu, je n’ai pas de sac ». L’homme me dévisage, il paraît réfléchir, puis il rajoute

- « depuis combien de temps t’es dans la rue ? »

- « depuis ce matin, mais comment savez-vous que… » …. c’en était un, le gars sur mon banc était un Homme de la rue ! Je ne l’avais pas remarqué tout de suite, pas saoûl, pas sale, bien rasé, mieux que moi.

- « je comprends mieux, t’as pas encore d’affaires, t’as mangé ? »


- « oui, mais quelles affaires je n’ai pas ? »


- « ben des affaires quoi ! Tes affaires, ton sac »


- « ah, mes affaires, oui en fait je suis sorti ce matin sans rien pour ne rien avoir quand je serai dans la rue »


- « ben c’est con ça !.... va falloir se tirer d’ici, c’est pas sûr, les tabassages tu comprends »


- « ah bon et vous allez où ? »


- « viens on prends le train pour Zaventem »

Zaventem, qu’est ce que j’irai faire à l’aéroport cette nuit ? Ma curiosité est trop forte, je décide d’aller avec lui, je me débrouillerai pour rentrer.

Je crois avoir compris, les SDF sont trop nombreux, ils prennent l’avion à Zaventem, et rejoignent un autre pays clandestinement. Mais quel pays ??.....je me souviens alors des paroles d’Aznavour : « …il me semble que la misère serai moins pénible au soleil ».

Les SDF de Bruxelles s’exilaient dans un pays chaud et pauvre, où ils peuvent vivre parmi les autochtones comme des rois, ne dit-on pas « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois »

Les SDF belges sont des conquérants, des nouveaux conquistadors, il ne fallait pas que ça se sache, les défenseurs des droits de l’homme en feraient leur cheval de bataille, on obligerait Rama Yade à se taire à nouveau.

Nous les Belges, nous avons la colonisation dans le sang, même sans le moindre sous, nous colonisons. C’est formidable et terrible à la fois, cela doit être dur d’abandonner son pays, pour une vie meilleure ailleurs. La Grande Vague tant attendue par les Sudéens : Le transfert Nord / Sud de notre surplus d’ingénieurs, de techniciens, d’hommes à tout faire, de femme de ménage, de diplômés de l’Ecole Primaire. C’est vrai que les Sudéens attendaient un transfert d’argent. Ils doivent être déçus, mais en même temps heureux de voir arriver des Blancs, leurs sauveurs, les créateurs de la civilisation. Je suis ému, si je ne devais pas faire les courses demain au Delhaize, si je ne devais pas participer au marché de Noël de Uccle Centre, au Globe, j’aurai participé à cette nouvelle conquète, celle qui allait enfin expliquer au Sudéens pourquoi nous étions venus au 19 ème siècle, Nous allons leur expliquer cela sans un sou et avec des hommes du 21 ème, des………SDF. Heuuuu… 

je tente de suivre ...


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Samedi 15 décembre 2007
publié dans : Quand je serai SDF communauté : Belgitude - Belge Attitude
Je suis toujours dans le tram, je réfléchis toujours à ce trop-plein de Sans-logis à Bruxelles. Je calcule toujours, combien y a-t-il de SDF à Bruxelles ?
Comme l’a proposé un parent : « on aurait dus engagé des SDF pour faire la file, car ils sont moins chers… », en parlant des files pour les inscriptions en secondaire. Moi j’aurais profité de cette occasion pour compter les Sans-abri. Je me demande, après réflexion si ce parent pensait ce qu’il disait, n’était ce pas plutôt pour leur aptitude à rester dans la rue des heures que les SDF étaient plus performants à faire cette file ? A moins que ce soit pour leur « invisibilité » ? On ne le saura jamais, puisque ce parent a finalement offert ce job à un étudiant, juste pour le mettre en immersion SDF, comme moi. C’est un bon exercice, une école de la vie invivable. En plus durant cette file, à Jette, il y a eu une distribution de soupe, comme dans la réalité SDFéenne.
Le nombre de places restreint, le froid, la nuit blanche, les tentes, la soupe, le décret Arena est LE décret de la solidarité avec les Sans-abri, c’est chouette, et on va fêter ça chaque année.

Certains parents auraient voulu que les files se fassent en avril, c’est une très bonne idée ! On pourra tous faire cette immersion SDF à Pâques, on piquera aux enfants, les oeufs en choco dans les parcs. En même temps on commémorerait un souvenir du 16 avril 2007. Ce jour là est mort, sur son banc, Luc. C’était à Molenbeek, il avait 53 ans et il est décédé dans l’invisibilité la plus totale. Luc était tellement « invisible » qu’il ne faisait même pas la manche, malgré la vue très perçante de certaines personnes qui l’aidaient, malgré l’hébergement occasionnel des policiers en face de son banc, Luc est resté en immersion SDF trop longtemps. Les responsables politiques, eux n’ont pas très bonne vue. J’ai peur…un homme d'expérience est parti, un homme est parti, son tort, ne plus avoir d'adresse. Avait il tort?

Si je peux, à suivre...


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